Aux Etats Unis, l’obésité devrait atteindre 46,9% en 2035 et en France l’étude la plus récente publiée en 20241 (Observatoire Français d’Épidémiologie de l’Obésité) estime que 18% de la population adulte est en situation d’obésité2 . L’obésité de l’adulte est définie lorsque l’indice de masse corporelle est égal ou supérieur à 303 . Cette maladie chronique cause des décès, favorise la survenue de certaines maladies et/ou cancers, et engendre un coût économique estimé à 3000 milliards de dollars par an au niveau mondial d’ici à 20304 .
Pour faire face à cette « épidémie », les recommandations sont l’adoption d’une alimentation saine, une activité physique régulière et le soutien de professionnels de santé5. En parallèle, plusieurs laboratoires pharmaceutiques ont développé des traitements médicamenteux à base de sémaglutide (Wegovy) ou tirzépatide (Mounjaro) qui agissent en imitant une hormone naturelle, le GLP-1. Ces médicaments augmentent la satiété et ralentissent la vidange gastrique. C’est pour cette raison qu’on les appelle communément les « analogues du GLP-1 ».
Ces médicaments ont été très largement adoptés aux Etats Unis et leur adoption se fait progressivement dans l’Union européenne, en particulier depuis que l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament a permis à tous les médecins (et plus seulement les médecins spécialistes en endocrinologie-diabétologie-nutrition) de prescrire les analogues du GLP-1 dans la prise en charge de l’obésité le 23 juin 2025. Cette consommation va également évoluer dans le cadre de leur remboursement par l’assurance maladie à compter du mois de juin 2026.
Les patients sous traitement, et dans certains cas même après le traitement, ont rapidement modifié leurs habitudes alimentaires : plus petites portions, riches en protéines et en fibres, moins de snacks, moins d’alcool. Certains industriels ont ainsi adapté leur offre pour répondre à une nouvelle demande (e.g. modification d’un ingrédient pour augmenter les apports en protéine comme l’introduction de farine de pois chiche pour remplacer la semoule de blé dans les pâtes) ; d’autres industriels ont développé de nouveaux produits (e.g. repas prêts à consommer, riches en protéines). Afin d’être visibles par les patients GLP-1, certains industriels n’ont pas hésité à indiquer sur leurs emballages des allégations comme « GLP-1 friendly », suggérant que les produits qu’ils vendent sont adaptés aux besoins de ces patients.
Une telle allégation est-elle autorisée en droit de l’Union européenne, compte tenu du cadre réglementaire strict en matière d’information et d’allégations nutritionnelles et de santé ?
Au niveau de l’Union européenne, le règlement (CE) n° 1924/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 concernant les allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires (le « Règlement ») définit comme
- allégation de santé « toute allégation qui affirme, suggère ou implique l'existence d'une relation entre, d'une part, une catégorie de denrées alimentaires, [...] et, d'autre part, la santé » ; et
- allégation nutritionnelle, « toute allégation qui affirme, suggère ou implique qu'une denrée alimentaire possède des propriétés nutritionnelles bénéfiques particulières de par: a) l'énergie (valeur calorique) qu'elle i) fournit, ii) fournit à un degré moindre ou plus élevé, ou iii) ne fournit pas, et/ou b) les nutriments ou autres substances qu'elle i) contient, ii) contient en proportion moindre ou plus élevée, ou iii) ne contient pas ».
Dans le contexte actuel, l’expression « GLP-1 friendly » peut induire :
- une compatibilité entre un produit alimentaire et un traitement médicamenteux à base d’analogue du GLP-1 : l’industriel ne s’adresse pas ici au consommateur mais au patient : il invite le patient à acheter un produit compatible avec son traitement ; compatible car il (i) accompagne les effets secondaires du traitement (nausée, perte d’appétit et donc petite portion) et (ii) parce qu’il est cohérent avec la quête du patient de perdre du poids (petite portion) ; en cela, et rien qu’en accompagnant les effets secondaires du traitement, il sous-entend implicitement contribuer à l’amélioration de la santé ;
- des propriétés nutritionnelles bénéfiques aux patients sous GLP-1, parce qu’il répond aux besoins nutritifs du patient, en ce qu’il est riche en protéines par exemple, ce qui est recherché par les patients sous GLP-1 qui souffrent d’une perte importante de masse musculaire6.
Il est donc très probable que l’expression « GLP-1 friendly » puisse être considérée comme une allégation nutritionnelle et/ou de santé, et donc devant faire l’objet d’une autorisation expresse conformément au Règlement. A ce jour, l’expression GLP-1 friendly n’a pas fait l’objet d’une telle autorisation au niveau européen : elle n’est pas énumérée dans l’annexe du règlement en tant qu’allégation nutritionnelle autorisée ni figure sur les listes d’allégations de santé autorisées.
Par ailleurs, le règlement n°1169/2011 du Parlement européen et du Conseil du 25 octobre 2011 concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires, en son article 7.3. prévoit que « les informations sur les denrées alimentaires » ne doivent pas attribuer « à celles-ci des propriétés de prévention, de traitement ou de guérison d’une maladie humaine, ni n’évoquent de telles propriétés ». Or le fait de se référer au principe actif de médicaments qui permet de perdre du poids, dans un contexte de taux d’obésité élevé, peut implicitement sous-entendre contribuer, ou à minima contribuer à soutenir, la guérison de l’obésité.
Par conséquent, cette expression pourrait à ce jour contrevenir aux règles en droit de l’Union européenne. Il serait donc prudent d’utiliser des allégations nutritionnelles et de santé autorisées en droit de l’Union européenne (e.g. riches en protéines, source de fibres, etc.) ou alternativement effectuer un contenu pédagogique sur la nutrition sous GLP-1, en coordination avec les professionnels de santé compétents, ou élaborer des recommandations générales sur le régime alimentaire compatible avec la prise de GLP-1 sans lien direct avec un produit.